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Édition marocaine : les tendances

Pour la 3ème année consécutive, la Fondation du roi Abdul-Aziz Al Saoud pour les Études islamiques et les Sciences humaines publie son rapport sur l’état de l’édition et du livre. Cette étude bibliométrique, menée sous la direction de Mohamed-Sghir Janjar, porte sur le livre de littérature générale – à l’exclusion des ouvrages pratiques, des livres jeunesse, des manuels scolaires et des publications en sciences exactes – et recense les ouvrages (livres et revues) publiés, pour l’année 2016-2017, en littérature et en sciences humaines et sociales.

La production est en augmentation, avec 3 833 ouvrages publiés en 2016-2017, soit 16 % de plus que l’année précédente (3 304), avec une augmentation des traductions, surtout du français vers l’arabe. Le prix moyen du livre a lui aussi un peu augmenté : 64,93 dirhams contre 61,1 dirhams en 2015-2016.

Mais l’édition à compte d’auteur se maintient à 25 %. Le secteur est toujours aussi déstructuré : en raison de l’importance des publications à compte d’auteur et des « carences des structures de diffusion », « plus de 20% des publications recensées n’ont pas été repérées dans les points de vente de l’axe Casablanca/Rabat, ni au SIEL ».

Voici les trois principales tendances qui se dégagent :

  • L’émergence d’une publication numérique avec 443 documents, qui atteint 11,56 %. Mais le papier reste largement majoritaire.
  • La confirmation de l’arabisation de la production éditoriale, soit près de 82 % de l’ensemble. Le français n’en représente plus que 14,54 %, et l’amazighe à 1,95 %. « Deux facteurs majeurs semblent participer à l’affirmation de cette tendance : d’une part la généralisation de l’instruction publique, et d’autre part l’accroissement du nombre d’étudiants accueillis par les universités dans les branches littéraires et en sciences humaines et sociales, dont on sait que l’enseignement y a été arabisé depuis le milieu des années 1970». Se confirme le poids éditorial des domaines anciennement arabisés : littérature, droit, et histoire. En revanche, il y a une sous-représentation de la philosophie, de la sociologie, des arts et de la science politique. L’économie, le management, les sciences, et l’études des autres religions représentent chacune moins de 1 % de l’ensemble.
  • L’apparition de monographie locales, « anticipation de l’entrée en application du projet de régionalisation», « signe avant-coureur d’un retour aux appartenances et enracinements locaux en vue de conjurer les dérèglements provoqués par la mondialisation » ou simple effet de mode ?

Les auteurs invitent les associations professionnelles à compléter ce tour d’horizon par des données qui permettraient d’aborder les aspects économiques du secteur. « Seules les associations professionnelles des éditeurs marocains sont habilitées à fournir les statistiques et autres informations économiques relatives à l’état du marché du livre (chiffre d’affaires, volume des tirages, situation des ventes, etc.) »

Pour télécharger le rapport, en arabe ou en français, c’est ici.

Kenza Sefrioui