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En hommage à Annie Azzou

Depuis lundi, les hommages sont unanimes pour saluer la mémoire d’Annie Azzou, âme des éditions Le Fennec qu’elle a portées, aux côtés de leur fondatrice Layla Chaouni.

Annie Azzou

Sereine, distinguée, généreuse, Annie Azzou avait toujours les mots justes pour accompagner les projets sur lesquels elle a veillés pendant plus de vingt-cinq ans. Elle avait une véritable curiosité qui l’amenait à s’intéresser autant à des premiers romans qu’à des essais, des beaux livres dédiés à des artistes. Elle était pleine d’empathie à l’égard des recherches et des incertitudes des auteurs. Et si elle avait une réserve, celle-ci s’exprimait toujours avec délicatesse, dans le souci de ne pas heurter, de ne surtout pas tarir une source de créativité.

Ses conseils nous avaient été précieux pour nos premiers pas d’éditeurs.

Nos sincères condoléances à tous ceux qui l’ont aimée.

Kenza Sefrioui et Hicham Houdaïfa

 

La lettre de Layla Chaouni

Chère Annie,
Que pourrai-je dire sinon que tu nous laisses orphelins.
Nous avons bâti ensemble les éditions le Fennec. Tu en as été la cheville ouvrière. Tu en a été la partenaire lorsque nous n’étions que deux, l’amie fidèle, « Prodigieuse », pour reprendre le titre de la trilogie d’Elena Ferrante que tu n’as pas eu le temps de finir.
L’amie que l’on souhaite aux gens qu’on aime, la marraine discrète qui a veillé sur mes enfants, d’ailleurs ils savaient qu’ils pouvaient te solliciter à n’importe quel moment. Tu n’oubliais pas leurs anniversaires lorsque les plus proches ne s’en souciaient guère.
Annie, nous avons accompagné ensemble nombre de nos auteurs à leur dernière demeure, mais je ne pouvais imaginer que tu allais me laisser, nous laisser, encore orphelins. À chaque départ nous nous serrions les coudes pour continuer encore et encore.
Jusqu’où et pourquoi ? Pour faire partager ce bonheur que la lecture nous apporte et nous apportera toujours.
Pour paraphraser ce vers de Lamartine tiré du « Vallon », que tu chérissais entre tous et qui représentait pour toi la finalité de notre travail, à savoir la lecture pour tous.
« Mais la nature-lecture est là qui t’invite et qui t’aime ;
Plonge-toi dans son sein qu’elle t’ouvre toujours ;
Quand tout change pour toi la nature-lecture est la même,
Et le même soleil se lève sur tes jours »
Je ne te dirai pas adieu, ni même au revoir, je dirai à tout à l’heure car tu es ici, là, avec nous.

 

Latifa Tayah, auteure d’Amour, caftans et escarpins (2017)

Annie, la sage femme des livres

Elle a accompagné les livres dans leur gestation, leur accouchement. Et même si les échographies n’étaient pas toujours rassurantes, Annie l’était. Toujours.

Elle avait foi en ceux qui alignent les mots pour en tirer la plus belle des partitions.

Parfois au point d’en oublier celle de sa propre vie, qu’elle a composé ou décomposé non selon ses propres envies, mais au rythme de son amour pour les autres. Une conception de la vie où sa place fut dictée par l’impérieux désir de maintenir le lien avec autrui.
Elle manque déjà à ses livres, à ses auteurs.

Mais Lamartine se réjouit certainement de l’accueillir dans son pays.