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Question au gouvernement français sur les Dames de fraises

La situation des Dames de fraises est à l’agenda des questions du gouvernement français.

Le 4 septembre dernier, Michel Larive, député de la France insoumise (2e circonscription de l’Ariège) a interpelé le gouvernement français, par le biais d’une question écrite au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, au sujet des agressions sexuelles dont sont victimes les travailleuses saisonnières marocaines dans la province de Huelva en Espagne. Il rappelle ainsi que « dans les années 2000, dans le cadre d’un échange économico-migratoire entre l’Espagne et le Maroc, les deux pays ont décidé de répondre à son besoin de main-d’œuvre ponctuel en Espagne en échange de devises pour le Maroc ».

Aujourd’hui, malgré l’arrêt des financements de l’Union européenne en 2012, des milliers de Marocaines continuent de se rendre en Espagne pour travailler. Le député revient sur le caractère sexiste de cette politique migratoire circulaire et discriminante entre les deux États : elle « porte atteinte au droit à la mobilité, puisque les employeurs disposent des migrants à leur guise et selon leurs besoins. De plus, ces femmes sont en grande précarité, majoritairement originaires du milieu rural, il s’agit très souvent de personnes parmi les plus fragile du pays. En Espagne, les chefs des exploitations sont en grande majorité des hommes « blancs », de nationalité espagnole. Cette imbrication de rapports de domination minimise la parole des principales concernées, pourtant victimes d’agressions sexuelles. » M. Larive conclut ainsi sa question écrite sur la nécessité, dans un contexte de libéralisation de la parole des femmes, de favoriser l’expression des Dames de fraises et insiste sur la responsabilité des gouvernements à « garantir des conditions de travail honorables à ces femmes ».

Cette mise en avant sur la scène politique de ce phénomène migratoire fait suite à la parution en février 2018 de l’enquête de la géographe et chercheuse au CNRS, Chadia Arab sur les Dames de fraises, doigts de fée, les invisibles de la migration saisonnière marocaine en Espagne (En toutes lettres, collection Enquêtes, 2018). Elle analyse ici les rouages d’un programme de migration circulaire, pensé pour répondre aux besoins de main-d’œuvre et réguler les flux migratoires entre le Maroc et l’Union européenne mais dont les femmes qualifiées par l’auteure d’« immigration jetable », recrutées directement au Maroc, sont les grandes oubliées.

La question écrite n°11936 est publiée et consultable sur le Journal Officiel du 4 septembre 2018 à la page 7736 sous le titre « Affaires d’agression sexuelle de saisonnières ».

Héloïse Russel-Holland